Les missions du poste

Établissement : Université de Montpellier École doctorale : GAIA - Biodiversité, Agriculture, Alimentation, Environnement, Terre, Eau Laboratoire de recherche : GM - Géosciences Montpellier Direction de la thèse : Philippe MUNCH ORCID 0000000346168039 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-07T23:59:59 À l'époque classique (250-950 apr. J.-C.), le jade constituait le matériau le plus précieux chez les Mayas et dans l'ensemble des cultures mésoaméricaines et caribéennes. Associé à la fertilité, à la royauté et au pouvoir, il était réservé à l'élite pour la fabrication de bijoux et de masques funéraires. Sa rareté est à la fois symbolique et géologique : les jades mayas sont des jadéitites composées à plus de 90 % de jadéite, une roche exceptionnelle connue dans seulement 19 gisements mondiaux, dont trois en Mésoamérique et aux Caraïbes (Guatemala, Cuba, République dominicaine). Le gisement du Guatemala, situé dans la région du fleuve Motagua, est le plus important. Ces roches, issues de transformations à haute pression en contexte de subduction, présentent des propriétés remarquables (grande dureté, ténacité, densité élevée et diversité de couleurs) qui expliquent leur forte valeur culturelle.
Les modalités d'échange du jade depuis les hautes terres guatémaltèques vers les cités mayas des basses terres restent cependant mal connues. La rareté des déchets de production dans ces villes suggère une importation majoritaire d'objets finis ou semi-finis. Toutefois, la découverte d'un atelier de jade à Cancuen, situé à plus de 100 km du rio Motagua, révèle une organisation plus complexe que supposé. Par ailleurs, l'identification récente de gisements à Cuba et en République dominicaine ouvre la possibilité d'approvisionnements caribéens et de réseaux d'échanges plus diversifiés.
La traçabilité des sources de jade demeure débattue, faute de méthodologie standardisée et de référentiel géologique exhaustif. Les approches antérieures, notamment la géochimie des roches totales, sont difficilement applicables aux artefacts archéologiques. Cette thèse vise donc à caractériser, par des méthodes aussi peu destructives que possible, les jadéitites utilisées dans les ateliers mayas (Cancuen et Motagua) et à analyser des artefacts provenant du Guatemala, du Belize et du Mexique. Elle prévoit également d'enrichir le référentiel géologique mésoaméricain et caribéen.
La méthodologie reposera sur des analyses minéralogiques et géochimiques (microscopie, micro-XRF, diffraction des rayons X, microsonde électronique, ICP-MS par ablation laser, etc.), complétées dans certains cas par des datations minérales. Les données seront traitées statistiquement (PLS-DA) afin d'élaborer un modèle prédictif des sources.
Les résultats attendus incluent la standardisation des méthodes de caractérisation des jadéitites, l'amélioration du référentiel géologique régional et la création d'une base de données ouverte sur leur composition en éléments traces. À terme, ce travail doit permettre d'identifier avec un degré de confiance élevé l'origine des jades archéologiques et de mieux comprendre les routes commerciales et les relations entre cités mayas.
A l'époque classique (250-950 apr. J.-C.), le jade était sans doute le matériau le plus précieux pour les Mayas et l'ensemble des cultures mésoaméricaines et caribéennes. Symbole de fertilité et de royauté, il était travaillé pour produire des bijoux et des masques funéraires strictement réservés à l'élite. Sa rareté et la valeur religieuse qui lui était associée en ont fait un marqueur de pouvoir et de distinction sociale jusqu'à la conquête espagnole. Cette rareté est également d'ordre géologique puisque les jades Mayas sont des jadéitites. Elles sont donc composées de plus de 90% de minéral jadéite ce qui en fait des roches exceptionnelles seulement connues dans 19 gisements dans le monde entier dont 3 dans le domaine méso-américain et caribéen (Guatemala, Cuba et la République Dominicaine). Le gisement du Guatemala est de loin le plus connu de la région et le plus important en volume. Ces jadéitites proviennent de blocs emballés dans des serpentinites constituant des séries de mélanges et ayant subi des transformations à haute pression en présence de fluides au sein de paléo-zones de subduction d'âge variable. Leurs caractéristiques physiques remarquables : dureté, ténacité, densité (3.4 g/cm3, soit une densité largement supérieure aux autres roches de la lithosphère), et allochromatiques lui conférant de nombreuses couleurs allant du vert pâle au plus sombre, bleu, blanc, rose-violacé et orange, expliquent largement l'intérêt porté par les populations humaines mésoaméricaines et les Mayas en particulier.On connaît en revanche encore mal la manière avec laquelle ce matériau était échangé depuis les gisements géologiques de la région du Rio Motagua dans les hautes terres du Guatemala, les seuls connus en Amérique Centrale, vers les basses terres où se trouvent la majorité des cités mayas de l'époque classique. La rareté des déchets de production découverts dans les villes des basses terres indiquerait que ce matériau y était majoritairement importé sous forme d'objets finis ou de préformes.
La découverte de l'atelier de jade dans la cité de Cancuen dans le sud du Peten au Guatemala suggère cependant une organisation bien plus complexe. A ce jour, il s'agit du seul atelier de jade découvert à plus de 100 km du fleuve Motagua alors que tous les autres ateliers sont situés à proximité du fleuve. La découverte récente de gisements de jadéitites à Cuba et en République Dominicaine ouvre la possibilité que des sources caribéennes aient pu être mises à contribution pour approvisionner certains sites côtiers. Ces données montrent les réseaux d'échanges et de distribution du jade étaient sans doute bien plus divers que cela n'avait été initialement pensé.
La traçabilité des sources du jade est un sujet depuis de nombreuses années mais elle est toujours débattue faute d'une approche méthodologique standardisée et d'un référentiel géologique étudié avec les mêmes méthodes et le plus exhaustif possible. Des tentatives ont été effectuées à l'aide de la géochimie des roches totales, mais cette méthode est inapplicable au registre archéologique. Cette thèse aura donc pour objectif de caractériser, au moyen des méthodologies les moins destructives possibles, les jadéitites utilisées par les différents ateliers connus dans l'aire maya : celui de Cancuen et ceux du Motagua. Afin de déterminer d'éventuels réseaux d'échanges de cette matière première, le travail portera sur l'analyse d'artefacts et de déchets de production découverts sporadiquement dans d'autres sites du Guatemala, du Belize et du Mexique. A cette fin, il sera également nécessaire d'augmenter significativement le référentiel géologique disponible dans les deux régions (Motagua et Caraïbes).
Ce travail permettra de mieux comprendre la production et les échanges du jade dans un contexte régional élargi. Il permettra d'aborder des questions archéologiques majeures concernant les relations entre cités mayas et les modalités d'échange de ce matériau si valorisé.
Appliquer des méthodes géologiques de caractérisation minéralogique et géochimique à l'étude de jades-jadéitites de plusieurs ateliers mayas, les comparer avec des échantillons provenant de déchets de production découverts dans des cités côtières et terrestres.
Grâce à l'augmentation du référentiel géologique connu, produire un modèle statistique permettant d'établir les sources des jades étudiées et contraindre les routes du commerce du jade. Une approche minéralogique et géochimique sera utilisée pour caractériser les jadéitites. Cette approche inclura les méthodes suivantes : microscopie optique, cathodoluminescnce, micro XRF, infrarouge, diffraction des RX, microsonde électronique, microscopie électronique à balayage et les analyses ICP-MS par ablation laser. Dans certains cas favorables, la datation des zircons, micas et amphiboles sera réalisée. Les données seront ensuite traitées statistiquement (PLS-DA) afin de produire un/des modèles de prédiction des sources.

Le profil recherché

La personne recrutée devra avoir des bases solides en minéralogie et géochimie ainsi qu'en analyse statistique. La maîtrise de certaines techniques envisagées et/ou une expérience en géo-archéologie seraient des plus appréciées.

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