Les missions du poste

Établissement : Université de Montpellier École doctorale : GAIA - Biodiversité, Agriculture, Alimentation, Environnement, Terre, Eau Laboratoire de recherche : CEFE - Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive Direction de la thèse : David GREMILLET ORCID 0000000277119398 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-07T23:59:59 Ce projet de thèse propose une analyse interdisciplinaire des liens entre fonctionnement écologique de la mégafaune marine et gouvernance internationale de l'océan. La mégafaune marine - poissons, mammifères marins, tortues, oiseaux et céphalopodes - joue un rôle structurant dans les écosystèmes océaniques. Par la prédation et les « paysages de la peur », elle régule les réseaux trophiques, influence la distribution des proies et contribue à la stabilité des communautés. Elle participe également à la redistribution de l'énergie et des nutriments à grande échelle, y compris entre milieux marins et terrestres. Malgré cette importance écologique et bioculturelle, environ un tiers des espèces de mégafaune est aujourd'hui menacé, principalement en raison de la surpêche, des captures accidentelles, du trafic maritime et des pollutions, dans un contexte d'« accélération bleue » et de gouvernance océanique fragmentée.
L'objectif général de la thèse est d'évaluer dans quelle mesure les dynamiques contemporaines de la gouvernance internationale influencent la distribution, le fonctionnement écologique et la conservation de la mégafaune marine à l'échelle mondiale. Le projet repose sur une approche innovante fondée sur les « paysages énergétiques » (energyscapes), qui permettent d'identifier les zones critiques d'alimentation à partir des besoins énergétiques des espèces et des conditions environnementales.
La recherche s'articule autour de trois axes principaux. Le premier consiste à compiler et harmoniser des bases de données mondiales relatives à l'abondance, à la distribution spatio-temporelle, aux traits biologiques et aux régimes alimentaires de la mégafaune. Le deuxième vise à développer des modèles de dépense énergétique fondés sur des approches allométriques et mécanistes, afin de cartographier les paysages énergétiques globaux et d'identifier les points chauds écologiques. Le troisième consiste à confronter ces zones essentielles aux dispositifs juridiques existants (aires marines protégées, zonages internationaux, outils régionaux), afin d'évaluer leur adéquation et leur effectivité.
Le projet intègre également une analyse géopolitique examinant l'influence des régimes politiques, des niveaux de développement et des inégalités socio-économiques sur la protection des zones clés, tant dans les zones économiques exclusives qu'en haute mer. En croisant données écologiques, indicateurs socio-économiques et instruments juridiques, la thèse vise à produire des recommandations pour renforcer la cohérence et l'efficacité de la conservation de la mégafaune marine.
Ce travail contribuera ainsi à mieux articuler sciences écologiques et droit international de la mer, dans une perspective de gouvernance intégrée et fondée sur la science à l'échelle globale. La mégafaune marine (poissons, céphalopodes, mammifères, tortues et oiseaux marins) joue un rôle structurant dans le fonctionnement des écosystèmes océaniques. Par la prédation et les « paysages de la peur », elle exerce un contrôle descendant sur les réseaux trophiques, influence la distribution spatiale des proies et contribue à la stabilité des communautés (Estes et al. 2016). Elle participe également à la redistribution de l'énergie et des nutriments, verticalement dans la colonne d'eau et horizontalement à l'échelle des bassins océaniques via ses migrations. Certaines espèces assurent en outre des transferts de nutriments vers les milieux terrestres (Jones et al. 2025). Au-delà de ces fonctions écologiques majeures, la mégafaune marine possède une forte valeur bioculturelle, au coeur des représentations sociales de l'océan et des politiques de conservation (Martin et al. 2025).
Environ un tiers des espèces qui constituent la mégafaune marine est aujourd'hui menacé d'extinction, principalement en raison de la compétition avec les pêcheries, des captures accidentelles, de l'intensification du trafic maritime et des pollutions multiples (Alves et al. 2022). Ces pressions s'inscrivent dans le contexte de « l'accélération bleue », liée à la mondialisation économique et aux dynamiques géopolitiques. Dans ce contexte, de nombreux outils existent à l'échelle internationale, mais la gouvernance de l'Océan demeure fragmentée et la protection de la mégafaune très hétérogène selon les espèces, les régions et les activités (Harden-Davies et al. 2020). L'accord « BBNJ » sur la biodiversité des zones ne relevant pas de la juridiction nationale vise à réduire cette fragmentation, notamment via la création d'aires marines protégées en haute mer. Néanmoins, les instruments de protection restent variés et leur effectivité dépend de nombreux facteurs (O'Leary et al. 2016). L'objectif général est d'évaluer dans quelle mesure les dynamiques contemporaines de la gouvernance internationale de l'Océan influencent la distribution, le fonctionnement écologique et la conservation de la mégafaune marine mondiale. La thèse vise à :
(1) compiler les estimations globales d'abondance et de distribution spatio-temporelle de la mégafaune marine;
(2) cartographier les paysages énergétiques de cette mégafaune afin d'identifier les points chauds d'alimentation et de conservation ;
(3) comparer cette cartographie aux zonages juridiques dédiés à la conservation (e.g. aires marines protégées, EBSAs, IMMAs) afin d'analyser la protection effective de ces zones essentielles et le rôle des données scientifiques dans la décision juridique. Une analyse géopolitique explorera également l'influence des régimes politiques et des niveaux de développement sur la protection de ces zones clés. Le projet repose sur le cadre conceptuel des paysages énergétiques, reliant besoins énergétiques, conditions environnementales et pressions anthropiques. La dépense énergétique des prédateurs marins constitue un indicateur intégrateur de leurs interactions avec les pêcheries et les usages humains. Les travaux prévus suivront les méthodes et plan chronologiques suivants:
(M1-M18) Compilation et harmonisation des jeux de données mondiaux sur l'abondance, la distribution, les traits biologiques et les régimes alimentaires (AquaMaps, Sea Around Us, FishBase, BirdLife, GBIF ; Commission Baleinière Internationale, IUCN, ICES, OSPAR, CCAMLR, ICCAT).
(M1-M18) Développement de modèles de dépenses énergétiques fondés sur des approches allométriques et mécanistes, partant du principe que la balance énergétique des prédateurs détermine leur pression trophique (Lawson et al. 2019).
(M19-M25) Intégration des modèles et production de cartes globales des paysages énergétiques ; identification des points chauds et comparaison avec les aires marines protégées existantes (Lambert et al., PNAS 2025).
(M1-M30) Recensement et analyse des outils internationaux, régionaux et nationaux de protection de la mégafaune ; croisement avec les points chauds identifiés ; analyse de l'influence d'indicateurs politiques et socio-économiques (World Governance Indicators, World Inequality Database, Comext, Banque Mondiale, ONU, UNCTADstat) dans les ZEE et en haute mer ; formulation de recommandations. Les outils juridiques de conservation ainsi que les indicateurs politiques et socio-économiques seront collectés dès le début de la thèse, puis intégrés aux données écologiques à partir du 25ème mois. Les six derniers mois seront consacrés à la rédaction et à la soutenance de la thèse.

Le profil recherché

Nous attacherons une attention toute particulière à la motivation du candidat/de la candidate et à sa capacité à mener à bien l'ensemble des travaux demandés dans un cadre temporel contraint, y compris les rédactions d'article. Le candidat/ la candidate devra avoir des connaissances approfondies en écologie et en biostatistiques et des compétences en analyse des données de manière reproductible (programmation R, Git repository).

Postuler sur le site du recruteur

Ces offres pourraient aussi vous correspondre.

L’emploi par métier dans le domaine Environnement à Montpellier