Thèse Piloter avec les Non-Humains la Prise en Compte de la Nature et du Vivant dans les Organisations H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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Les missions du poste
Établissement : Université de Montpellier École doctorale : EDEG - Economie Gestion Laboratoire de recherche : MRM - Montpellier Recherche en Management Direction de la thèse : Agnès MAZARS-CHAPELON ORCID 0009000230438903 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-23T23:59:59 Alors que la crise écologique actuelle questionne la relation de l'Homme à la Nature et au vivant (Wolf et Lafontaine, page 197), la configuration éminemment humaine qu'est l'organisation, - agencement de ressources et compétences pour atteindre un objectif commun-, doit être également être éclairée dans son rapport au vivant. L'organisation doit considérer ce dernier pour sa valeur intrinsèque et sa singularité, et non comme une ressource extérieure à son projet, et ce dans une perspective de soutenabilité forte pour laquelle les sphères économique, humaine et environnementale sont indissociables et complémentaires.
Or si « à l'heure où il s'agit de développer une économie hautement soutenable et régénératrice, le changement comptable apparaît (...) comme un enjeu majeur » (Naro et Rambaud, 2023, p 16), l'évolution des modalités de contrôle et de pilotage, véritable courroie de transmission des décisions au sein des organisations, ne peut rester l'angle mort de cette transformation profonde.
L'objectif de cette thèse est de comprendre comment les organisations prennent en compte la Nature et le vivant dans leur pilotage, en identifiant les modalités d'agencement du non humain qui peuvent être multiples. Mais pour cela, il faut que la Nature et le vivant soient à même d'interagir en tant que partie prenante non humaine, via des porte-paroles. Comment intégrer ces porte-paroles dans le pilotage des organisations ? A quel niveau d'interaction le non humain et son porte-parole interagissent-ils ? Les possibilités d'interaction dans le système de pilotage organisationnel sont multiples si l'on s'en réfère au package de contrôle envisagé par Malmi et Brown (2008). Cela peut passer par des mécanismes de contrôle cybernétique, de contrôle culturel, de gouvernance... Pour prendre en compte la Nature comme partie prenante il sera possible de s'appuyer sur des travaux ayant déjà identifié le non humain naturel dans des processus décisionnels (Kortetmäki et al., 2023), dans une dynamique d'agentivité caractérisée par la sociologie de la traduction (Akrich, Callon, et Latour, 2008).
La méthodologie envisagée relève d'une approche qualitative, compte tenu de la nature de l'objet d'étude, et pourra être amenée à évoluer. Il pourra être opportun de s'inspirer de la démarche proposée par la théorie de l'acteur réseau. Plusieurs stratégies de collecte et de traitement de données pourront être mobilisées : étude de cas, entretiens, observation non participante.
La Nature serait une ressource inépuisable ? C'est sur ce présupposé que se fonde le rapport utilitariste des sociétés industrielles au vivant non-humain (Milanovic, 2015). Pourtant comme le souligne le rapport des Nations unies sur l'économie des écosystèmes et de la biodiversité (2010) quand il affirme que « l'invisibilité économique des flux de la Nature dans l'économie contribue de manière significative à la dégradation des écosystèmes et à la perte de biodiversité » (rapport des Nations unies sur l'économie des écosystèmes et de la biodiversité, PNUE, 2010, p.8), Nature et vivant non humain restent tragiquement invisibilisés dans les organisations (Ligonie et Maire, 2024) et dans les processus décisionnels orientant l'action collective, que ce soit à un niveau macro, meso ou micro. Le fait que les organisations et les humains qui les constituent s'inscrivent dans des ontologies différentes induisant des relations humains/non-humains naturels (Descola et Chamois, 2025) peut éclairer le sens donné à une réalité façonnant les réponses de l'organisation à une complexité qui la façonne.
Ainsi, si les organisations oeuvrent à la croisée de plusieurs Mondes (Boltanski et Thevenot, 1991), les actions qu'elles mettent en oeuvre et les modalités de pilotage pour y parvenir sont autant de compromis à des demandes parfois contradictoires, relayées par de multiples parties prenantes (Dreveton et al, 2025). Alors que les Cités de Boltanski et Thevenot proposent une grammaire compréhensive de la réalité, la théorie des Grandeurs laisse en suspens la possibilité d'une Cité Verte (Lafaye et Thévenot, 1993 ; Mermet, 2007). La tentative de Rougemont (2017) de construire cette cité en référence au Monde de l'harmonie, qui n'est pas sans rappeler l'approche holistique de la nature et du vivant non humain revendiqué par Panwar et ses collègues (2026), s'appuie largement sur l'approche de Latour (1995). Pour lui, c'est plutôt dans l'appréhension des interactions entre organisations, acteurs humains et non humains dans une perspective matérialiste que réside l'exploration de nouveaux processus prenant en compte le non humain à sa juste et visible place. Il est en effet fondamental de réintégrer « la façon dont l'être humain entre en interaction avec les autres êtres du monde (...) car c'est précisément le rapport qu'entretient l'être humain avec le monde vivant qui se retrouve au coeur des enjeux liés à la crise écologique dans laquelle nous nous trouvons actuellement » (Wolfe et Lafontaine, p.197).
Cette recherche doctorale vise à comprendre comment les organisations peuvent piloter avec le non humain en éclairant l'agencement des outils, pratiques et acteurs dans les processus de décision. Des travaux récents en comptabilité et contrôle mais également en management stratégique s'intéressent par exemple aux dispositifs comptable dans les projets d'économie circulaire (Rabih et Antheaume, 2023), à l'émergence de Business Model considérant la nature dans une approche de circularité forte (Geissdoerfer et al., 2020) encore aux instruments réduisant la nature à un comptage simplificateur (Panwar et al., 2023). D'aucuns revendiquent la nécessité de penser avec la nature comme force co-constituve de l'organisation (Panwar et al, 2026, page 17). Mais pour cela, il faut que la Nature et le vivant soient à même d'interagir en tant que partie prenante non humaine, via des porte-paroles. Comment intégrer ces porte-paroles dans le pilotage des organisations ? A quel niveau d'interaction le non humain et son porte-parole interagit-il ? Avec des mécanismes de contrôle cybernétique ? de contrôle culturel ? de gouvernance ? Les possibilités d'interaction dans le système de pilotage organisationnel sont multiples si l'on s'en réfère au package de contrôle envisagé par Malmi et Brown (2008). Pour prendre en compte la Nature comme partie prenante, il sera possible de s'appuyer sur des travaux ayant déjà identifié le non humain naturel dans des processus décisionnels (Kortetmäki et al., 2023), dans une dynamique d'agentivité caractérisée par la sociologie de la traduction (Akrich Callon, et Latour, 2008). L'objectif de cette thèse est de comprendre comment les organisations prennent en compte la Nature et le vivant dans leur pilotage alors que la crise écologique actuelle questionne la relation de l'Homme à la Nature et au vivant, envisagé désormais pour sa valeur intrinsèque et sa singularité, et non comme une ressource extérieure à son projet, et ce dans une perspective de soutenabilité forte pour laquelle les sphères économique, humaine et environnementale sont indissociables et complémentaires. L'évolution des modalités de contrôle et de pilotage ne peut rester l'angle mort de cette transformation profonde.
Il s'agira d'identifier les modalités d'agencement du non humain dans leur système de contrôleenvisagé au sens large La méthodologie envisagée relève d'une approche qualitative, compte tenu de la nature de l'objet d'étude, et pourra être amenée à évoluer. Il pourra être opportun de s'inspirer de la démarche proposée par la théorie de l'acteur réseau. Plusieurs stratégies de collecte et de traitement de données pourront être mobilisées parmi lesquelles étude de cas, entretiens, observation non participante...
Le profil recherché
Le/la candidat(e) doit être titulaire d'un master en management, de préférence en lien avec enjeux de transition écologique et/ou de pilotage organisationnel responsable. Une aisance à la rédaction en français et en anglais, ainsi qu'à l'oral est nécessaire. Une connaissance des enjeux de soutenabilité est nécessaire. La maitrise de méthodes qualitatives de collecte de données ainsi que la maitrise des logiciels de traitements de données qualitatives et quantitatives est également attendue.